AGRICOLE, ÉDUCATION 1ᵉʳ février 2026
Une montagne russe agricole
Cinquante ans de hauts et de bas dans le marché canadien des produits agricoles.
Histoire et photos par Lorne McClinton
Que signifiait cultiver la terre au Canada au cours des cinquante dernières années? N'importe quel producteur vous le dira : ce fut comme une montagne russe. Les agriculteurs ont connu des sommets euphorisants et des creux déchirants.
Les plus anciens se rappellent le boom des années 70, l'époque où un camion de grain pouvait suffire à payer un tracteur. Mais cette période dorée a été de courte durée. Les années 80 ont connu sécheresse et taux d'intérêt astronomiques, suivies d'une reprise timide dans les années 90. Puis, les producteurs de bétail ont encaissé le krach du prix du porc, avant que la crise de la vache folle ne frappe au début des années 2000.
Après ces années éprouvantes, un long cycle de prospérité a pris forme, de 2006 à 2024. Le revenu agricole net réalisé au Canada a bondi de 69,6 % en 2021 et de 18,3 % en 2023. Les prix des grains ont reculé en 2025, mais ceux du bétail ont atteint des records historiques.
« Je croyais avoir le monde à mes pieds quand j'ai commencé en 1976, » raconte Blaine Steer, de Yellow Grass, en Saskatchewan. « On a acheté notre première terre en 1977 avec un prêt de 29 ans à 10,25 %. Ça paraissait raisonnable . . . »
« Ça semble incroyable aujourd'hui, mais mon premier prêt en 1981 était à 23,25 % », se souvient Philip Shaw, producteur de grains et chroniqueur de marché à Dresden, en Ontario. « Même ceux qui faisaient tout correctement pouvaient faire faillite pour une simple erreur de timing. »
Steer et Shaw ont commencé après la fin du boom du début des années 70. Mais Richard Erb, 82 ans, de Yellow Grass, s'en souvient bien : « En 1970, la situation était si mauvaise que le gouvernement nous payait pour ne pas semer du blé », dit-il. « Puis tout a basculé en 1973 : le blé dur est passé d'environ deux dollars à six. La terre a doublé de valeur, à 200 $ l'acre en 1974. Tout le monde croyait enfin que l'agriculture allait rapporter. »
L'optimisme a poussé à l'expansion, si bien que la crise des années 80 a frappé durement. La chute des prix, les taux d'intérêt élevés et la sécheresse ont mis de nombreux producteurs à genoux. « Sans l'aide de mon père, on aurait coulé », se souvient Steer.
« Beaucoup de producteurs plus âgés craignaient de revivre les années 30 », ajoute Erb. « Beaucoup ont perdu des terres. Les gouvernements ont dû intervenir pour aider. »
Le reste du pays n'a pas été épargné. En Ontario, les valeurs foncières ont chuté de 25 %, et Shaw se souvient de voisins qui ont abandonné leurs terres à la banque. « Il y a une exception à tout ça : les secteurs sous gestion de l'offre », précise-t-il. « Ils ont connu leurs défis, mais leurs profits sont demeurés relativement stables. Ça a fait toute la différence, surtout dans les campagnes de l'Ontario et du Québec. »
Au-dessus. Blaine Steer croyait avoir le monde à ses pieds lorsqu'il a obtenu un prêt de 29 ans à 10,25 % en 1977. Mais la crise des années 80 a tout remis en question : sans le soutien de son père, il n'aurait pas tenu le coup.
Pour survivre aux années 90, il fallait changer. Les producteurs des Prairies ont adopté massivement le semis direct et la diversification, avec comme mot d'ordre « Tout sauf les céréales! »
« Les lentilles et le canola m'ont sauvé la mise », dit Steer. « On pouvait vendre quand on en avait besoin, au lieu d'attendre un quota du Conseil canadien du blé. »
En Ontario, « le maïs et le soja ont doucement conquis le nord », explique Shaw. « Leur culture s'est étendue à tout l'Ontario et au sud du Québec, grâce à la technologie, aux hybrides et aux marchés. »
Mais les années 80 hantaient toujours les esprits. « On s'attendait à une nouvelle crise. Alors, quand les prix ont explosé à l'époque des biocarburants, l'optimisme est revenu, mais la prudence est restée. »
Ceux de la génération du millénaire ont débuté leur carrière agricole vers 2006, juste à temps pour profiter de prix élevés, de taux d'intérêt bas et de valeurs foncières en forte hausse. La confiance est revenue, les fermes se sont agrandies, et la technologie s'est imposée au quotidien.
« On a eu une quinzaine d'années formidables », confie Steer. « On avait presque oublié ce qu'était une mauvaise année. »
Le rappel est venu en 2025, quand les prix des grains ont chuté à nouveau. Nouveau tour de manège?
« L'agriculture enseigne l'humilité », conclut Steer. « Tu crois contrôler les choses . . . jusqu'à ce que la réalité te ramène sur terre. Tu apprends à t'adapter et à être reconnaissant pour les bonnes années. » ‡
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