AGRICOLE, ÉDUCATION 1ᵉʳ février 2026
Des paysages en transformation
Pressions économiques et nouvelles réalités façonnent le monde rural canadien.
Histoire et photos par Lorne McClinton
Qu'est-ce qui a changé dans les fermes depuis la première fois que Bohemian Rhapsody de Queen est passé à la radio en 1976? À vrai dire, presque tout. Les différences sont saisissantes, ne serait-ce que dans le paysage.
Sur les prairies canadiennes en 1976, environ un champ sur trois était en jachère pour lutter contre les mauvaises herbes et conserver l'humidité du sol. Les deux autres tiers étaient semés principalement en blé, le reste en orge, avoine ou lin. En 2025, la jachère ne représente plus que 2 % des terres cultivées.
La consolidation des fermes a transformé le monde rural. En Saskatchewan, le nombre d'exploitations est passé de 70 958 en 1976 à 34 128 en 2021, tandis que leur taille moyenne a doublé, passant de 923 à 1 766 acres.
Autres évolutions : les élévateurs à grains en bois ont presque disparu, remplacés par des terminaux céréaliers. De petites localités se sont vidées, alors qu'ailleurs, les terres agricoles subissent la pression de l'étalement urbain. La Fédération de l'agriculture de l'Ontario estime que la province perd 319 acres de terres agricoles par jour.
Les prairies forment désormais une mosaïque de couleurs. Si les céréales comme le blé dominent toujours, les champs jaunes de canola et les cultures de légumineuses — lentilles, pois de grande culture, pois chiches — peignent le paysage de juillet.
Introduit dans les années 90 avec l'arrivée des OGM, le canola est devenu un pilier de l'agriculture canadienne. La Saskatchewan est désormais le plus grand exportateur mondial de lentilles et de pois chiches, créant une industrie de plusieurs milliards de dollars. « Les conditions difficiles poussent souvent les gens à innover », explique Carl Potts, de Saskatchewan Pulse Growers, à Saskatoon. La réussite de certains avec les lentilles a eu un effet boule de neige.
En Ontario, les principales cultures de plein champ sont désormais le maïs (grain et ensilage), le soja et le blé d'hiver. Le soja est cultivé dans le sud-ouest de la province depuis le XIXe siècle, mais le recensement de 1976 a montré que les nouvelles variétés de maïs et de soja pouvaient désormais pousser dans l'Est ontarien et au Québec.
Au-dessus. Selon Anthony DeCarolis, le tabac est redevenu l'une des cultures les plus rentables du sud de l'Ontario. Les producteurs des prairies ont diversifié leurs rotations avec des légumineuses et des oléagineux.
Les comtés de Norfolk et d'Essex, au cœur de l'ancienne ceinture du tabac du sud de l'Ontario, ont connu la plus grande transformation. Dans les années 60 et 70, les producteurs cultivaient plus de 200 millions de livres de feuilles de tabac. Cette culture à forte valeur ajoutée faisait vivre toute l'économie régionale.
« Le tabac a été une culture très lucrative pendant des décennies, puis les gens ont cessé de fumer . . . », raconte Anthony DeCarolis, producteur à Simcoe (Ont.). « On est passés de plus de 200 millions de livres à la fin des années 70 à environ 45 millions aujourd'hui. Le nombre de producteurs est tombé de 2 000 à 130, mais ceux qui restent ont maximisé leur efficacité », explique-t-il. « La demande s'est stabilisée, et le tabac est redevenu, à l'acre, l'une des cultures les plus rentables du sud de l'Ontario. La majorité de la production part maintenant vers l'Extrême-Orient. »
Beaucoup de producteurs de tabac se sont reconvertis vers des cultures à forte valeur : ginseng, raisins, citrouilles, fraises, patates douces et produits horticoles. Dans le comté de Norfolk, presque toutes les cultures canadiennes poussent à quelques kilomètres les unes des autres.
La pression économique alimente la diversification. Les producteurs continuent de s'adapter, d'innover et de redessiner le paysage rural. ‡
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