Agricole, Exploitation Agricole 1ᵉʳ janvier 2026
Au-delà des lumières de la ville
Attirer des travailleurs vers les campagnes
Texte et photos de Lorne McClinton
Recruter de la main-d'œuvre agricole n'a jamais été facile — afficher une annonce sur le babillard du village ne suffit plus. Selon Phyllis MacCallum, du Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) à Ottawa, une étude menée en 2022 a montré que deux fermes sur cinq peinaient à embaucher des travailleurs. Mais tout n'est pas perdu : plusieurs exploitations trouvent des façons de relever le défi.
Après des années dans la construction, Jason Matson, 52 ans, de Watrous (Saskatchewan), avait envie de changement. En 2022, un ami lui parle d'un poste disponible à la ferme McArthur Ag Ventures. Au départ, Jason n'y croit pas trop. Il se dit que ce n'est qu'un autre emploi de journalier agricole. Mais tout change lorsqu'il voit leur annonce.
« C'était différent », explique-t-il. « Ça ressemblait à une véritable offre d'emploi. Ils proposaient un poste permanent à temps plein, avec primes, assurance santé, évaluations annuelles, régime de retraite et congés. »
Séduit, il passe une entrevue et accepte rapidement l'offre. Trois ans plus tard, il est toujours là et ne regrette rien.
« Gagner un bon salaire, c'est une chose. Mais ce qui compte vraiment, c'est la façon dont on est traité », ajoute-t-il. « Ici, il y a du respect mutuel. Comme je suis diabétique, ils adaptent mes horaires afin que je puisse maintenir un mode de vie équilibré. »
En 2018, les McArthur ont adopté une stratégie de croissance ambitieuse pour leur production de grandes cultures, d'oléagineux et de semences généalogiques. Très vite, ils ont compris que la clé du succès passait par une gestion plus professionnelle des ressources humaines.
La concurrence est forte : dans la région, les mines de potasse et les entreprises de construction offrent de bons salaires et des horaires stables. Impossible de rivaliser sans offrir des conditions similaires.
L'une de leurs premières décisions a donc été de mandater Maverick Ag, une firme-conseil agricole de Saskatoon, pour mettre en place un plan solide en gestion du personnel. Avec leur aide, ils ont créé une échelle de progression de carrière, permettant aux nouvelles recrues de voir comment évoluer dans l'entreprise. Chaque poste est défini par une description claire, des responsabilités précises et des perspectives d'avancement.
« L'échelle de carrière montre qu'un nouvel employé n'est pas seulement un journalier, mais un travailleur qui a un avenir », souligne Brennan McArthur, copropriétaire. « Être embauché comme conducteur de moissonneuse ne signifie pas qu'on le reste à vie. On peut devenir chef d'équipe, obtenir une promotion et bâtir une carrière ici. »
Au-dessus. Plusieurs fermes réussissent mieux à attirer et fidéliser leur personnel en adoptant une approche plus professionnelle en gestion des ressources humaines. Jason Matson n'était pas intéressé par « un simple emploi agricole », mais il a changé d'avis en découvrant l'offre des McArthur. Une partie de la solution consiste à convaincre les citadins que la vie à la campagne a beaucoup à offrir.
L'importance de l'offre d'emploi. « La première étape, lorsqu'on recrute, c'est de préparer une annonce détaillée qui précise le rôle, les responsabilités, le salaire et tous les avantages offerts », explique Amanda McArthur, copropriétaire. « Nous la publions dans le journal local, sur nos réseaux sociaux et sur notre site web, mcarthurag.com. Le bouche-à-oreille joue aussi un rôle essentiel. »
« Chaque annonce attire jusqu'à 50 candidatures », ajoute Brennan. « Beaucoup sont Ukrainiens, Sud-Africains ou des personnes cherchant à immigrer au Canada. Mais la majorité de nos employés sont locaux. D'ailleurs, deux de nos trois plus récentes embauches sont arrivées sans qu'on publie l'offre. C'est la preuve que nous avons acquis une réputation de bon employeur. »
Toutes les fermes n'ont pas cette chance. La pénurie de main-d'œuvre agricole continue de s'aggraver. Le problème vient en partie du manque de visibilité : peu de gens savent que l'agriculture offre de nombreuses carrières.
« La main-d'œuvre étrangère temporaire (TET) comble partiellement le vide », rappelle MacCallum. « En 2022, plus de 71 000 TET travaillaient dans l'agriculture au Canada, une hausse de 30 % en cinq ans. »
Et plus la ferme est éloignée d'un grand centre, plus le défi s'accentue. Embaucher un travailleur, c'est souvent aussi recruter son conjoint et sa famille.
« Les familles ont besoin de services de garde, d'écoles, de soins de santé et d'activités sociales », précise MacCallum.
« Plusieurs villages sont très dynamiques et il faut continuer de mettre en valeur les atouts de la vie à la campagne et tout ce qu'elle peut offrir à toute la famille. » ‡
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