Agricole, Bétail/Volaille 1ᵉʳ janvier, 2026
Un tremplin
Une ferme louée a ouvert la voie, entre défis et réussites, vers de meilleures occasions.
Texte et photos de Lorne McClinton
Le compte à rebours est lancé. En janvier 2026, la première ferme laitière de Jonathan Reilley et de sa conjointe Julie Reber ne sera déjà plus qu'un souvenir. À l'automne 2025, ils auront vendu leurs vaches de la ferme qu'ils louaient à Plaisance, au Québec, pour reprendre une exploitation plus vaste et plus moderne. Cette première ferme leur a offert l'élan nécessaire pour se lancer dans l'industrie laitière.
Aujourd'hui, démarrer de zéro dans ce secteur est presque impensable. Le quota est rare et hors de prix, les terres se vendent à des sommes astronomiques, et les banques prêtent rarement à de jeunes passionnés novices. Jonathan et Julie font partie des exceptions.
En 2018, à 29 ans, Jonathan est devenu propriétaire de 55 kilos de quota, d'un troupeau laitier, de quelques machines vieillissantes, et a décroché un bail pour une ferme dénichée sur une petite annonce en ligne.
L'endroit n'était pas idéal, et il n'avait jamais entendu parler de Plaisance auparavant. Mais l'étable était fonctionnelle et déjà améliorée : nouvelles stalles, éclairage, tapis de caoutchouc. Il a baptisé sa ferme Wilvoc Holsteins, en hommage à son grand-père Wilfrid, « l'homme le plus travaillant » qu'il ait connu.
« J'ai cogné à beaucoup de portes pour y arriver », raconte Jonathan. « Mon père [mécanicien agricole retraité] a été le plus facile à convaincre. Il a cru en moi dès le premier jour. Sans lui, je n'y serais pas arrivé. Quand j'ai commencé, j'avais seulement un prêt pour un pickup et des dettes de carte VISA. Si la banque m'a écouté, c'est uniquement parce que mon père a mis sa maison en garantie. Je savais que si ça tournait mal, il perdrait tout. Ça m'a tenu éveillé bien des nuits. »
Les premières années, son crédit était si étiré que les prêteurs ont refusé de lui avancer 200 000 $ pour acheter la maison voisine, séparée de la ferme. Ils ne voulaient rien savoir tant qu'il ne faisait pas ses preuves.
Ce que Jonathan n'avait pas en capital, il le compensait par une passion et une détermination sans faille. Il misait tout sur ses vaches : améliorer la génétique, maximiser chaque litre de lait de qualité. Puis il a rencontré Julie, technicienne vétérinaire pour son propriétaire. Ayant grandi sur une ferme laitière, elle comprenait les exigences du métier encore mieux que lui.
Pendant trois ans, les banques sont restées frileuses. Puis les résultats solides sont arrivés. Les chiffres ont parlé. Le couple respirait enfin un peu mieux, investissait dans quelques améliorations et ajoutait 20 kilos de quota.
Au-dessus. La première ferme de Jonathan Reilley et Julie Reber, Wilvoc Holsteins, passe peu à peu dans le passé, mais restera à jamais associée à leurs débuts et à la naissance de leurs trois enfants. Vendre leur première ferme pour investir dans une nouvelle exploitation est la suite logique, affirme Jonathan. Il a exploité son installation actuelle au maximum; la prochaine étape offre plus d'espace pour grandir.
Des journées interminables. La charge de travail, elle, restait colossale. Jonathan enchaînait des semaines de 70 à 75 heures. Julie l'aidait aux traites et aux veaux quand elle le pouvait, mais elle s'occupait surtout de leurs trois enfants, nés coup sur coup.
Une voisine est venue les seconder trois jours par semaine pendant trois ans, avant de démissionner pour s'occuper de sa mère malade. Julie a alors trouvé, grâce à une annonce Facebook, un jeune homme travaillant qui les aide désormais aux traites du soir.
Leur acharnement n'est pas passé inaperçu. Leur propriétaire, bien qu'il refusât de leur vendre la ferme, a vanté leurs mérites à deux frères producteurs sur le point de prendre leur retraite. Jonathan et Julie ont su conclure une entente : acheter progressivement et reprendre leur exploitation, beaucoup plus grande. Aujourd'hui, le couple se prépare à franchir une nouvelle étape.
« C'est la bonne décision », affirme Jonathan, les yeux brillants. « J'ai tiré tout le potentiel de cette étable. L'avenir passe par quelque chose de plus grand, plus durable. »
Julie nuance : « Pour Jonathan, cet endroit a toujours été un point de départ. Pour moi, c'est l'endroit où nos enfants sont nés, où nous avons trouvé des amis, une communauté. Partir est doux-amer. »
Jonathan admet que leurs voisins et les liens créés lui manqueront. Mais il souligne qu'ils ne s'éloignent que d'une heure de route. « Ce n'est pas comme si on partait au bout du monde », dit-il.
« On gardera ces liens. Et les souvenirs, eux, ne s'effacent pas. On continue simplement d'avancer. » Cette première ferme n'était jamais censée être leur destination finale. Elle aura été leur tremplin vers un avenir prometteur. ‡
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