Agricole, Bétail/Volaille 1ᵉʳ mars 2026
Fini les guerres de pâturage
Moutons et bovins, un duo gagnant pour régénérer les prairies.
Histoire et photos par Martha Mintz
Lorsque David Ollila a quitté l'université, il croyait maîtriser l'art de gérer un ranch. « Je pensais pouvoir tout contrôler, mais je me suis vite fait ramener sur terre », raconte-t-il en riant.
Il a ensuite compris qu'un système de pâturage se construit comme une œuvre d'art : on esquisse une idée, on l'ajuste, on expérimente, et peu à peu, on façonne une méthode qui s'adapte à son propre milieu.
Ollila et sa famille élèvent des bovins et des moutons à Newell, au Dakota du Sud, où ils doivent composer avec seulement 38 cm de pluie par an, une courte saison de croissance, des sécheresses cycliques et des contrastes climatiques extrêmes.
Le pâturage multi-espèces était autrefois monnaie courante dans la région. Aujourd'hui, Ollila l'intègre dans une stratégie globale de gestion des prairies.
« Avant, je gérais seulement les vaches et les moutons », dit-il. « Je ne pensais pas à l'herbe. » Aujourd'hui, le bétail est pour lui un outil pour améliorer la santé et la productivité des pâturages.
« Si tu améliores l'herbe, tu améliores les choses pour la vache et le mouton, et au final tu améliores les choses pour toi. »
En augmentant la matière organique du sol (MOS), Ollila arrive à stabiliser ses rendements. Ses pratiques ont fait passer certaines prairies d'environ 4 % à plus de 6 % de MOS.
« Je fais des analyses de sol tous les deux ans. On voit les progrès, même durant les années sèches. »
Chaque point de pourcentage de MOS équivaut à un pouce de stockage d'eau supplémentaire. Cela prolonge la croissance en période de sécheresse et accélère la reprise.
« Si tu épuises tes pâturages, tu t'offres une saison de sécheresse supplémentaire, parce qu'ils récupèrent mal. Maintenant, la reprise est beaucoup plus rapide. »
Ollila mise sur un pâturage rotationnel intensif, laissant suffisamment de résidus pour rafraîchir le sol et absorber la pluie. Il jongle avec les besoins nutritionnels des animaux, les exigences de l'herbe et sa propre disponibilité.
Au-dessus. Une gestion axée sur la santé des sols donne accès à des marchés et programmes qui valorisent les pratiques d'Ollila. Sa laine se vend à prix supérieur, et le World Wildlife Fund a aidé à financer des colliers de clôture virtuelle.
Une stratégie adaptée à son contexte. Le contexte d'Ollila inclut une saison de croissance courte, des graminées indigènes, une expérience en gestion multi-espèces et quelques acres irrigués en soutien.
Les moutons et les bovins pâturent ensemble et sont déplacés chaque semaine au printemps. L'été, quand la croissance ralentit et qu'Ollila est aux foins, il utilise de plus grands pâturages et allonge les rotations.
Les anciennes terres CRP dominées par l'agropyre à crête posent un défi : la fenêtre de pâturage est courte avant qu'il ne monte en épi sur des tiges pauvres en protéines.
Ollila l'attaque tôt en regroupant moutons et bovins dans une petite parcelle clôturée temporairement. Une fois pâturé, l'agropyre devient moins compétitif lorsque les espèces indigènes démarrent à la mi-mai.
Il sursème aussi de la luzerne traçante, qui enrichit le pâturage : la luzerne apporte les nutriments, l'agropyre fournit la fibre.
« La protéine nourrit le rumen et les microbes du sol, et l'azote profite à l'agropyre », explique-t-il. Cette approche encourage le tallage, réduit les grosses touffes et améliore l'utilisation de l'agropyre comme de l'ensemble du pâturage. Les vaches privilégient le volume; les moutons, la qualité — les premières visent les graminées, les seconds les herbacées.
« En pâturage continu, les moutons mangeraient toutes les feuilles et les vaches n'auraient que des tiges », dit-il. En troupeau mixte, la compétition les rend moins sélectifs : ils mangent tout, même les mauvaises herbes, puis le pâturage profite d'un long repos. « On imite la migration : ils vont toujours vers une nouvelle parcelle, ce qui brise également le cycle des parasites. »
Ollila a réussi à augmenter sa densité de chargement, ses profits par acre et la résilience de son système.
« Nos terres sont limitées. On doit en tirer le maximum. » ‡
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