Agricole, Bétail/Volaille 1ᵉʳ mars 2026
Passer le flambeau
Une ferme diversifiée se prépare à la transition.
Histoire et photos par Lorne McClinton
Un vent de changement souffle sur Abelaine Farms. Depuis 35 ans, Abe et Elaine Buttimer développent leur entreprise laitière, céréalière et de travaux agricoles près de New Glasgow, à l'Île-du-Prince-Édouard. Mais ces jours-ci, les discussions autour de la table ont changé de rythme. Ils se retrouvent face au même casse-tête que des milliers d'autres familles agricoles : comment assurer le passage à la relève pour leur fils Jordan, sans se ruiner ni compromettre leur vie de travail?
« Les enfants sont partis, et la maison est plus calme », raconte Abe. « Mais la transition, elle, nous occupe l'esprit. J'ai un plan de relève en tête depuis longtemps, mais cet hiver, on a officiellement commencé le processus avec Jordan. On fera appel à des spécialistes au besoin. C'est la seule relève de ma vie, et je veux la réussir. »
Abe et Elaine ont bâti leur ferme à partir de zéro. Ils ont acheté l'exploitation laitière en 1990, après une tragédie : le propriétaire et son jeune fils étaient morts dans un incendie. Sans maison sur la ferme, ils se sont installés chez les parents d'Elaine pendant qu'ils construisaient un petit chalet quatre-saisons. Exigu, mais fonctionnel, il leur a servi de foyer jusqu'à ce qu'ils puissent s'offrir leur maison actuelle cinq ans plus tard. En 2003, ils ont construit une nouvelle étable — et n'ont depuis cessé de grandir.
Aujourd'hui, l'entreprise compte 35 vaches en lactation, 900 acres en culture, une entreprise de semences florissante, un marché de paille important et une solide activité de travaux à forfait. C'est beaucoup à transmettre, tant financièrement qu'opérationnellement, sans parler du défi émotionnel de céder le travail de toute une vie.
Jordan, lui, se prépare pour la relève depuis qu'il est tout petit. Enfant, il passait ses journées dans la cabine du tracteur, aux pieds d'Abe, sans jamais vouloir rentrer. À l'adolescence, il était déjà si habile que des voisins l'embauchaient trois jours par semaine pour opérer et réparer leur machinerie.
Elaine gère la production laitière et Abe dirige les autres volets de la ferme. Jordan, lui, est profondément impliqué dans les cultures, le travail à forfait, le camionnage et les réparations quotidiennes qui font tourner Abelaine Farms.
« Il connaît presque tout de ce qui se passe à l'extérieur de l'étable », dit Abe. « Mais il a encore beaucoup à apprendre à l'intérieur — et en gestion. »
Au-dessus. Elaine gère le troupeau laitier, Abe supervise le reste, et Jordan touche à tout. Il faut les trois pour accomplir le travail; Jordan devra décider comment il gérera la charge le jour où ses parents prendront leur retraite.
Malgré tout, la transition avance. Le parc de machinerie est relativement récent, et Jordan a acheté une ferme voisine avec l'aide de ses parents. La propriété comprend une maison datant des années 1850, que Jordan a entièrement rénovée tout en logeant chez Abe et Elaine avec sa conjointe Stephanie et leur fille Airielle.
Ils sont maintenant installés dans leur nouvelle maison — un signe clair qu'ils pensent à l'avenir, pas seulement à recevoir la ferme en succession. Mais plusieurs décisions difficiles l'attendent encore.
La plus délicate trône au milieu de la table : le troupeau laitier. Non seulement il tient une grande place dans le cœur d'Abe et Elaine, mais il s'intègre parfaitement aux rotations de cultures et au parc de machinerie. Mais les vaches demandent une présence quotidienne, matin et soir — un engagement que le couple a porté pendant des décennies. Jordan, lui, ne peut pas être partout, et Stephanie n'a jamais souhaité gérer la traite. Robots? Main-d'œuvre étrangère? Rien n'est facile.
« Je sais exactement ce que moi je ferais à son âge, mais ça ne me dit pas ce que lui veut », explique Abe. « Maintenant qu'on entre dans la planification officielle, on veut entendre sa vision. Qui fera tout le travail? Aujourd'hui, on est trois. Dans dix ans, il y a de bonnes chances qu'il soit seul. »
« Les occasions se présentent à ceux qui veulent travailler », rappelle Elaine. « Mais il ne faut pas attendre qu'elles se présentent toutes seules. » ‡
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