August Altherr

August Altherr

Fellow de la production d'innovations de 2019

August Altherr, créateur d'innovations

August Altherr dans les bras de sa mère.

Linda Altherr a encouragé la créativité de son fils Gustl en lui permettant de donner libre cours à son imagination pour créer ses « chefs-d'œuvre » en blocs Lego.

Si on demandait à August Altherr de repenser à son enfance et de choisir un mot qui le décrirait lorsqu'il était enfant, « audacieux » ne serait fort probablement pas son premier choix. Et cela serait compréhensible.

Pendant son enfance à Ramstein, en Allemagne, dans les années 1960, la mère d'August, Linda, a eu la joie de vivre plusieurs grossesses. À son grand chagrin, elle a toutefois subi plusieurs fausses couches et n'a eu qu'un seul enfant. Naturellement, sa mère s'inquiétait donc pour sa sécurité et essayait souvent de le protéger en contrôlant sa vie quotidienne.

Certains jours, le jeune Gustl n'allait donc pas à l'école, non pas parce qu'il était malade, mais parce que sa mère voulait le protéger et le garder avec elle à la maison. Elle le surveillait constamment, vivant dans la peur de perdre un autre bébé. Cette inlassable protection a entraîné des répercussions sur le garçon. Elle a eu pour effet de mettre un frein à sa croissance et de ralentir son apprentissage. Pendant les 10 premières années de sa vie, il n'est pas allé dehors et n'a pas joué autant que les autres enfants, et ses multiples journées d'absence de l'école ont fini par retarder son éducation et son intégration sociale.

Lorsqu'il a eu 14 ans, ses parents ont convenu que cette existence en milieu protégé n'était pas saine. Il a été envoyé dans une école privée pour y passer les trois années suivantes, peut-être la décision la plus difficile que sa mère a eu à prendre dans sa vie. C'est à cette période qu'August Altherr a commencé à trouver sa voie. Sa curiosité s'est développée. Sa créativité s'est épanouie. Et, à mesure qu'il gagnait en confiance, il se montrait de plus en plus audacieux.

Aujourd'hui, M. Altherr est connu pour sa réputation d'inventeur intrépide, qui s'appuie sur une carrière de plus de 33 ans chez John Deere. Poussé par son perfectionnisme, son vif intérêt pour la technologie et son désir d'offrir des solutions aux clients, il a aidé à créer la gamme de tracteurs de la série 6000, l'essieu avant suspendu, le tracteur S5, la transmission globale 5000 (GT5) et les tracteurs de la série 6030 équipés d'une transmission à double embrayage et E-Premium.

Il s'agit des programmes emblématiques de M. Altherr, mais détrompez-vous, ce n'est pas le type d'ingénieur qui passe ses journées à ressasser le passé; ses idées pour l'avenir sont tout aussi intéressantes. Par exemple, il aborde avec un grand enthousiasme des sujets comme « le jumeau numérique d'un champ », « l'intelligence artificielle » et « la domotique ».

« Mon seul regret est que je ne vivrai probablement pas assez longtemps pour voir ces idées se réaliser », admet-il. Ce n'est pas qu'il veut vivre éternellement, mais il aimerait bien pouvoir reculer son horloge biologique. « J'adorerais pouvoir retourner à l'université maintenant en raison de toutes ces technologies prometteuses pour l'avenir. »

Photo d'enfance d'August Altherr

À 14 ans, August Altherr a quitté la maison pour aller dans une école privée, ce qui a contribué à accélérer son apprentissage et sa croissance.

Bâtir un avenir

En grandissant, M. Altherr aimait résoudre des problèmes et construire des choses. Les blocs Lego lui permettaient de faire les deux.

« Je m'appropriais toute la maison », dit-il, les bras grands ouverts.

La description est exagérée, mais pas tant que cela. Ses parents possédaient une maison à trois étages à Ramstein, ville où se trouve la Ramstein Air Base, la communauté militaire américaine à l'extérieur des États-Unis la plus importante au monde, qui comptait à cette époque plus de 60 000 militaires.

La maison était divisée en trois appartements : des soldats américains occupaient deux étages et la famille de M. Altherr (y compris sa grand-mère) occupait un autre étage de 93 mètres carrés (1 000 pieds carrés).

Il s'était lié d'amitié avec les jeunes soldats et passait ses journées à discuter de jouets, de musique et de nourriture. Il était devenu si bon en anglais à un jeune âge que cela lui apportait parfois des problèmes à l'école en raison de son accent américain. Dans les écoles allemandes, c'est l'anglais d'Oxford (Angleterre) qui est enseigné. « Mes enseignants m'ont dit que je ne le parlais pas bien et que je devais m'arrêter, » explique-t-il.

À 10 ans, il a créé son chef-d'œuvre en blocs Lego, une gare de train et un réseau ferroviaire qui s'étendait dans toute la grande salle à manger. Il ne l'avait pas construit sur la table en noyer foncé pouvant accueillir huit personnes, mais sur le plancher, d'un mur blanc à l'autre. « Le réseau serpentait à travers les larges pattes de la table et "longeait les bords", affirme Altherr avec fierté.

En fait, c'était devenu difficile de déplacer quoi que ce soit dans la pièce, ajoute-t-il. Mais, ma mère me laissait faire. Il a occupé tout l'espace de la pièce pendant trois semaines. Nous ne pouvions pas l'utiliser. »

Le jeune August Altherr dans les bras de son père.

Alexander Altherr exploitait un poste d'essence et une concession Ford prospères, et se servait de son entreprise familiale pour enseigner le sens de l'engagement à son fils.

« Je vivais dans mon propre monde »

C'est ce type de créativité qui a poussé M. Altherr à choisir l'ingénierie, choix dont il se sent parfois encore coupable 50 ans plus tard.

Son père, Alexander, faisait peu de cas de cette architecture complexe en plastique. Alexander possédait sa propre station d'essence et une concession Ford;, « c'était un vendeur, et non un technicien », dit M. Altherr. Son entreprise était lucrative et une source de fierté pour lui, car elle lui permettait d'apporter un bon revenu à sa famille.

« Il secouait la tête lorsqu'il regardait mes créations, dit M. Altherr. Moi, je vivais dans mon propre monde et j'adorais ça. Je construisais sans cesse des choses, puis je les modifiais et je recommençais. »

Selon le plan de son père, il devait prendre sa relève au poste d'essence. Gustl y avait travaillé pendant son adolescence, souvent les fins de semaine et tard en soirée. Il admet que ce n'était pas une expérience « horrible », mais travailler tandis que tous ses amis s'amusaient n'était pas vraiment ce qu'il souhaitait en tant qu'adolescent.

Donc, lorsqu'il a su qu'il voulait créer pour gagner sa vie, il a dû expliquer à son père qu'il avait plutôt choisi de poursuivre une carrière en ingénierie.

« Je lui ai dit que je ne voulais pas prendre sa relève au poste d'essence, que je voulais plutôt inventer quelque chose, dit M. Altherr. Changer les choses. Les renouveler. Il voulait que je prenne sa relève au commerce. Je ne le pouvais tout simplement pas. Ce n'est pas ce que je voulais. Il a donc continué à travailler jusqu'à ce qu'il décède d'un cancer. »

M. Altherr prononce ces derniers mots avec difficulté. Il parle ensuite de son sentiment de culpabilité, même si c'est inutile. Son expression et son ton l'expriment déjà suffisamment. « Cette période a été la plus difficile de ma vie. »

Poste d'essence appartenant à la famille d'August Altherr.

Le poste d'essence familial situé à Ramstein, en Allemagne, appartient encore à sa famille aujourd'hui.

Les leçons d'un père

Lorsque son père est décédé à l'âge de 70 ans, M. Altherr a été forcé de prendre des décisions. Aujourd'hui, il possède encore le poste d'essence qu'il loue, signe qu'il se souvient des leçons sur l'engagement que son père lui a données alors qu'il était tout jeune. « Et, dit-il, je ne pouvais pas l'abandonner. Je ne pouvais pas lui faire cela. C'était ma façon de lui dire "Oui, je vais prendre ta relève au commerce". »

Le décès de son père lui a également apporté un nouveau sens des responsabilités, puisqu'il a dû s'occuper de sa famille. « Cela a beaucoup amélioré ma confiance en moi, » explique M. Altherr.

Cette confiance en lui l'a suivi tout au long de sa carrière chez John Deere, lui qui a toujours saisi toutes les occasions de créer des innovations et de communiquer aux autres sa vision de l'avenir. Il a gravi les échelons jusqu'au poste de directeur, Innovation et technologies des produits, au Centre européen de technologie et d’innovation situé à Kaiserslautern, en Allemagne.

Les leçons apprises ont évolué au fil des changements de poste. En tant que directeur mondial, Ingénierie des tracteurs moyens, il était responsable de 600 employés, c'est-à-dire de 600 personnalités.

« Un lundi matin, j'étais dans mon bureau lorsque j'ai entendu un travailleur très engagé faire les cent pas juste à l'extérieur. Je suis sorti pour lui demander ce qui se passait. Il m'a répondu qu'il n'avait pas dormi de la fin de semaine parce qu'il était certain que j'avais un problème avec lui, » raconte M. Altherr.

En se rendant à une réunion le vendredi après-midi précédent, M. Altherr était passé juste à côté de l'homme sans le saluer d'aucune façon. Profondément plongé dans ses pensées en se rendant à sa prochaine réunion, il ne l'avait tout simplement pas vu.

« Cela a ruiné toute sa fin de semaine. C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte que mes gestes et mes propos importaient réellement, car ils pouvaient avoir de profondes répercussions. Cette expérience m'a montré que lorsqu'on occupe un poste de direction, chacune de nos actions peut avoir une conséquence, » ajoute-t-il.

« Le travail le plus difficile chez John Deere »

M. Altherr est devenu le défenseur des ingénieurs concepteurs qui font ce qu'il appelle « le travail le plus difficile chez John Deere ». Selon lui, il faut avoir « énormément de cran » pour occuper ce poste dans une entreprise qui peut faire preuve de « prudence à l'égard des innovations ».

« En tant que concepteurs, nous subissons tellement de critiques de toutes parts pendant le processus de développement de notre idée, explique-t-il. Pour réussir, il faut survivre aux remises en question et aux interrogations pendant la période de 5 ou 6 ans qu'exige le développement complet d'une idée. Mais, ce n'est pas facile. »

M. Altherr était aux premières loges pour observer ce phénomène. Deux de ses plus grandes idées – l'essieu avant suspendu et la transmission à double embrayage – ont subi ce genre de critiques, parfois de la part de membres de la direction qui avaient le pouvoir d'arrêter le projet au complet.

Dans les deux cas, il s'est vu quitter des réunions pendant lesquelles on lui avait dit que ces idées ne fonctionneraient pas, mais il était prêt à mettre sa réputation en jeu pour prouver le contraire. M. Altherr monte le ton tandis qu'il revit les mois de tension entourant ses projets. Dans le cas de la transmission, on lui avait signifié directement d'abandonner l'idée du levier magnétique.

M. Altherr se penche vers l'avant et dit à voix basse : « Je ne l'ai pas fait. »

Il affiche un large sourire. « Ce n'était probablement pas la bonne façon d'agir, mais je savais que mon idée fonctionnerait. Mon patron était trop nerveux. Je lui ai répété que j'arriverais à le convaincre. J'étais également nerveux, mais j'avais obtenu assez de succès par le passé pour avoir l'audace nécessaire au bon moment. »

Poussé par son désir de perfection

M. Altherr change maintenant de direction. Il est introspectif. Il parle d'engagement et de perfection, et du stress que ceux-ci provoquent et qui le dévore. À un tel point qu'il attribue sa perte auditive à son constant désir d'aller de l'avant.

Cela ressemble à une confession. Un homme poussé par les leçons de son père et l'amour de sa mère. Il a prouvé qu'il pouvait réussir, parfois en ignorant les panneaux d'arrêt que les autres mettaient sur son chemin.

« J'étais sur le fil du rasoir, dit-il de son ton mesuré habituel. J'étais si déterminé à offrir cette technologie que j'investissais tout pour y parvenir. Tout. »

La leçon qu'il faut tirer de tout cela est simple, dit-il. « Nous avons besoin dans l'entreprise de plus d'employés courageux. J'aimerais que cette entreprise montre un peu plus d'audace. Surtout dans un marché européen hautement concurrentiel. »

Le prix Fellows lui permet-il d'y parvenir?

M. Altherr, qui ne craint aucunement l'innovation et qui voit davantage les possibilités que les problèmes, admet que son travail lui cause certaines frustrations et que le prix Fellows n'atténue pas automatiquement. Il voit de la valeur dans presque toutes les nouvelles idées et souhaite les explorer avec sa détermination caractéristique. Malheureusement, les idées ne sont pas toutes réalisables.

Ce fait gêne cet homme dont le regard est axé vers un avenir que la plupart des gens ne voient pas. Ses réponses se terminent souvent par un profond soupir et ce mantra : « Nous pourrions en faire davantage. » « Mais aucune entreprise n'est meilleure que John Deere pour atteindre cet avenir, ajoute-t-il rapidement. Il n'y a pas de meilleur endroit où travailler. »

Bien que l'avenir puisse toujours sembler incertain, c'est le passé qui témoigne de la personnalité de M. Altherr.

Je lui demande de retourner à l'âge de 10 ans et de prendre un bloc Lego encore une fois. Quelle pièce prend-il? Sa réponse révèle son parcours créatif.

« C'est un bloc rouge, répond-il, le gros bloc à huit tenons. »

C'est un choix logique.

Le plus gros bloc.

La couleur la plus vive.

De l'audace à revendre.