Noel Anderson

Noel Anderson

Fellow de la propriété intellectuelle stratégique

Noel Anderson et son parcours difficile pour devenir un expert des brevets

Noel Anderson a utilisé des pièces Tinkertoy pour construire un moulin à vent propulsé par un moteur électrique.

Toujours un inventeur, Noel Anderson a utilisé des pièces Tinkertoy pour construire un moulin à vent propulsé par un moteur électrique. « Un jour, j'ai démonté la radio que l'on voit dans cette photo, dit M. Anderson, mais je n'ai pas tout à fait réussi à la remonter correctement. »

Noel Anderson creuse. Ses petits doigts se raidissent en devenant un outil, raclant et poussant le gravier de tourbe dans le stationnement de son école préscolaire. C'est la récréation, un temps où les enfants courent et brûlent de l'énergie. C'est censé être un répit de l'apprentissage, une chance d'être un peu stupide et de jouer avec des amis. Pour Noel, dont l'esprit est rarement au repos, c'est une opportunité éducative.

Il a 5 ans.

La pluie tombée en cette fin de printemps a créé une flaque. Tandis que quelques-uns de ses amis de classe peuvent vouloir sauter et s'éclabousser dans la flaque d'eau sale, il les a convaincus d'un meilleur plan. Donc, il creuse. Ils creusent. Les doigts sales à force d'empiler des cailloux, ils le suivent et commencent à former des chemins à partir de la flaque.

Noel Anderson mène ainsi ses amis de classe à construire un système de canaux, un qui est si complet que son enseignante ne veut pas qu'il soit détruit. Le lendemain, elle apporte donc des tubes en plastique transparent qu'elle utilise pour solidifier certains des canaux.

« C'était le début de ma période de génie civil », dit-il avec ironie.

Cette phase l'a mené à construire des barrages dans le ruisseau qui se trouvait sur la ferme de ses grands-parents. C'est là qu'il a découvert les effets de l'inondation et de l'envasement. Il a étudié le système d'autoroutes et s'est servi d'un ensemble de pièces Tinkertoy et Erector pour démontrer des conceptions avec prise en compte des contraintes et des modèles de chargement. Toute cette information, il l'a cherchée et utilisée avant l'âge de 10 ans.

« Non seulement j'étais enfant unique, mais j'étais également introverti, », affirme M. Anderson. Sans un frère ou une sœur à qui il pouvait soumettre ses idées, il devait comprendre les choses par lui-même.

« J'avais le sentiment d'être seul lorsque j'étais enfant. Il m'arrive encore aujourd'hui de ressentir ce sentiment dans une certaine mesure, admet-il. J'ai de grandes conversations avec moi-même dans ma tête. Je fais des gestes de la main et tout le reste. »

Cette façon d'agir peut mener une personne à être traitée d'« excentrique ». Toutefois, c'est une caractéristique de sa personnalité qu'il accepte pleinement. « Je pense que c'est une force, explique-t-il. J'ai découvert que j'étais meilleur dans certains domaines que d'autres et que j'étais capable de créer des choses. De plus, je n'ai jamais cessé de vouloir apprendre, ajoute-t-il.

Il n'y avait probablement pas beaucoup d'élèves de huitième année qui essayaient de discuter avec leurs amis des trois lois de la dynamique thermique. Mais, c'était mon cas et certains de mes amis étaient obligés de m'écouter. »

Noel Anderson en randonnée.

Les vacances de la famille Anderson comprennent habituellement de nombreuses randonnées, comme lors de ce voyage dans le parc national des Rocheuses, au Colorado.

Un esprit en action

Lorsqu'on côtoie M. Anderson, on constate que chacune de ses discussions, de ses actions, de ses réactions et de ses pensées est calculée. Même si le tout semble préparé, on en comprend rapidement la raison : sa détermination. Ses réponses à mes questions déboulent, sans hésitation. Il est rare que son esprit ne soit pas sur le qui-vive.

Il se souvient de tout, semble-t-il. Sa présence d'esprit est impressionnante. Lorsque je lui demande de quelle façon son enfance diffère de celle de ses propres enfants, il ne me l'explique pas, il me le montre. Il me décrit une scène qui peut paraître banale à première vue, mais qui, on le comprend plus tard, fait partie du thème général de sa vie.

« Je suis en train de pelleter notre entrée. Nous sommes en 1974 au Minnesota et le ciel est entièrement dégagé, raconte-t-il. Je peux y distinguer la ceinture d'Orion, la Grande Ourse et le Grand Chien. J'entends "I Honestly Love You" d'Olivia Newton John sur mon radio-transistor. »

M. Anderson a transformé une simple corvée en une étude des étoiles. Il croit que ses souvenirs proviennent de l'apprentissage qu'il a acquis tout au long de sa vie, car l'éducation a toujours été pour lui « une valeur familiale » comme il l'appelle. Un jour, son arrière-grand-père, originaire de l'Allemagne, a donné une portion de sa terre pour aider à y construire une petite école d'une pièce.

Sa grand-mère était enseignante dans une petite école de ce genre et sa mère enseignait l'économie à la maison. M. Anderson a également passé 16 ans à enseigner à l'Université d'État de l'Iowa et à celle du Dakota du Nord.

« J'ai commencé l'éducation préscolaire à 3 ans et je n'ai pas quitté l'école officiellement jusqu'à ce que j'obtienne mon doctorat. Je suis donc allé à l'école pendant 25 ans. Je me considère comme une personne qui ne cesse jamais d'apprendre, » affirme-t-il.

Noel Anderson utilisant un microscope lorsqu'il était un jeune enfant.

Enfant, Noel Anderson a eu à choisir entre recevoir un poney ou un microscope. « J'ai choisi le microscope, » dit-il.

Un apprentissage perpétuel

Aujourd'hui, il apprend de toutes les façons possibles, que ce soit au moyen de balados, de livres audio ou de conversations avec autant de groupes d'amis différents qu'il parvient à réunir à Fargo, dans le Dakota du Nord. « J'écoute vraiment beaucoup de livres audio, dit-il. Environ 30 par année. J'ai le temps pendant les quelque 4 000 km que je parcours à pied pendant l'année.

Attendez. Quoi?

Il a lancé cette dernière phrase d'un air détaché, sans chercher à se vanter. Il a bien dit 4 000 km par année, n'est-ce pas?

« Bien, en fait, selon mon calcul, je marche au moins 4 111 km par année, explique-t-il. Cela correspond à environ 11,26 km par jour multipliés par 365 jours. »

Même si M. Anderson se déplace à pied la plupart du temps depuis toujours, il a commencé à pratiquer « sérieusement » la marche après avoir perdu un vote concernant un cadeau de Noël familial en 2011.

La discussion portait sur l'achat d'un téléviseur à grand écran ou d'un tapis roulant. « Le 2 janvier, nous avons reçu le tapis roulant, » dit M. Anderson d'un ton neutre.

Tout a changé cependant lorsqu'il a remarqué que le tapis roulant était muni d'un compteur. « C'était comme de compter les points lorsqu'on joue, » précise-t-il. Et c'est ce qu'il a fait.

Lorsque je lui demande comment son humeur est affectée s'il ne fait pas de marche, il penche la tête d'un côté comme s'il ne comprenait pas la question. Et c'est probablement le cas. Voyez-vous, cela fait plus de 1 625 jours consécutifs que M. Anderson fait de la marche. Cela signifie chaque jour pendant presque quatre ans et demi.

Il commence par se rendre au travail et en revenir à pied. Puis, il se promène pendant l'heure du dîner, de même que tard en soirée parfois. Sans oublier pendant ses voyages d'affaires. Bien assez vite, il a acquis une réputation dans sa ville.

« Ma fille était dans une voiture avec ses amis lorsque l'un d'eux m'a aperçu. C'est le gars qui se promène partout dans la ville. Lily a été bien obligée d'admettre que c'était son père. »

Il ne fait pas référence aux jours de la semaine comme le lundi ou le mardi, mais plutôt comme la « journée où il a marché 15 km » ou la « journée où il a marché seulement 7,5 km en raison du travail. » Le fait de vivre à Fargo peut présenter des difficultés de nature météorologique. Il a déjà été obligé de se rendre au travail à pied (3 km) à une température de 33 degrés sous zéro, sa barbe et ses cils couverts de givre. Cela l'a encouragé à investir dans des lunettes de ski.

De quelles autres façons M. Anderson parvient-il à accumuler tous ces kilomètres?

  • Il a créé le Super Stroll pendant lequel il regarde tout le Super Bowl (la mi-temps et tout le reste) en marchant sur son tapis roulant. « À cette occasion, je marche habituellement pendant 4 heures, pour une distance de 19 à 22,5 km environ.
  • Il dit qu'il planifie ses vacances de façon à faire des randonnées ou « des marches plus difficiles ». Les randonnées peuvent être difficiles en raison des changements d'altitude. « J'éprouve en effet des problèmes d'exposition aux hauteurs. » Est-ce que c'est une façon élégante de dire qu'il a peur des hauteurs? « Je dirais plus que j'ai peur de tomber dans le vide », lance M. Anderson d'un ton pince-sans-rire.
  • Ses voyages d'affaires internationaux l'« obligent à faire preuve de créativité ». Il s'est donc donné comme objectif de marcher trois kilomètres sur trois continents à la même date. Cela comportait de la marche dans les aéroports de Mumbai (Inde), de Paris (France) et de Minneapolis.
Noel Anderson en train de lire lorsqu'il était un jeune enfant.

Noel Anderson se décrit comme quelqu'un qui ne cesse jamais d'apprendre. Noel Anderson dans sa chambre d'étudiant au secondaire; il possède encore la série d'encyclopédies qu'on voit sur cette photo.

Un inventeur incomparable

M. Anderson, qui compte sur son aptitude à se souvenir du passé, excelle aussi à voir l'avenir.

En tant qu'ingénieur de direction principal, Technologies de pointe, chez John Deere Electronic Solutions, M. Anderson met à profit ses compétences dans des domaines d'expertise technique nouveaux et diversifiés pour le dépôt de divulgations d’invention et de brevets. Ce talent protège la propriété intellectuelle de John Deere et procure à l'entreprise un avantage concurrentiel unique.

Il compte 117 brevets américains à son actif, ce qui le place en tête des employés actifs de l'entreprise et dans les cinq premiers de tous les temps chez John Deere. Il n'y a pas de seuil lorsqu'il est question de l'obtention de brevets pour des inventions inédites et non évidentes. Une invention « inédite » signifie que l'inventeur n'a pas copié un concept qui existe déjà. Le terme « non évidente » parle de lui-même. Il signifie qu'il existe une norme selon laquelle on suppose que l'invention n'était pas évidente au moment de sa création.

Cela dit, il faut quelques explications pour bien comprendre le processus qu'utilise M. Anderson. Il m'indique que la première étape consiste à trier les idées qu'il a en tête. La deuxième étape consiste à bien faire ses recherches, à aller sur le Web et à se concentrer sur les éléments manquants d'une idée et les solutions possibles. « Je pense être un meilleur chercheur que la personne moyenne, » affirme-t-il.

Il cite maintenant le célèbre inventeur Louis Pasteur pour essayer de m'expliquer les raisons de son succès. « Le hasard ne favorise que les esprits qui y sont préparés. »

Pertinent. Bien sûr, il me donne également une idée de la façon dont fonctionne son cerveau : « Les idées sautent dedans. » On pourrait croire que c'est aussi simple que cela à l'entendre!

Est-il frustrant de devoir ainsi communiquer ce qu'il voit? M. Anderson laisse échapper un profond soupir. « Comment expliquer à quelqu'un l'idée d'un concept qui n'existe pas encore? »

Noel Anderson, le visage couvert de givre pendant qu'il marche à 33 degrés sous zéro.

L'amour de Noel Anderson pour la marche prend rarement un jour de congé. Vivre à Fargo, au Dakota du Nord, peut représenter un défi, comme le témoigne cette marche pour se rendre au travail à 33 degrés sous zéro.

Être complet

Il dit qu'une invention est un mariage de la science et de l'art, et que peu de personnes maîtrisent à la fois ces deux domaines. Il applique apparemment cette formule dans tous les aspects de sa vie : ses objectifs de carrière, le prix Fellows et sa place chez John Deere.

Il me confie que ses objectifs reposent sur les nombres suivants : 200/40 234/1. Il s'agit de deux objectifs de carrière et d'un objectif à vocation personnelle. L'objectif « 200 » est le nombre de brevets américains qu'il espère atteindre. Bien sûr, ce nombre est calculé selon les taux de soumission et d'acceptation, et le nombre d'années de service qu'il lui reste à faire. L'objectif « 40 234 » est le nombre de kilomètres de marche qu'il souhaite faire dans le dernier quart de sa carrière. Pour y parvenir, il précise qu'il devra être en bonne santé et avoir une bonne conciliation travail-vie personnelle.

« Je pourrais poursuivre ces deux objectifs de façon très égoïste, mais ils sont contenus par mon objectif " 1 ".

Cet objectif « 1 » représente l'« élément de plénitude », qui englobe ses objectifs de carrière. Il m'explique que cet objectif premier vise à servir Dieu, l'humanité, John Deere, ses collègues, et les autres. C'est l'objectif qui cadre avec ses vocations personnelles relatives à la recherche appliquée et au transfert de technologie. « Il s'agit de collaborer avec l'ensemble de ces parties prenantes. »

Où se classe le fait d'avoir gagné un prix Fellows dans ses objectifs? « C'est un sommet secondaire, répond-il. Le sommet principal est l'atteinte des 200 brevets. » Il reconnaît qu'il lui a fallu quelques semaines pour étudier – oui, étudier – les raisons pour lesquelles il avait gagné un prix Fellows. Au départ, il avait le sentiment de ne pas répondre aux critères.

« J'ai dû repousser cette idée et prendre mes distances pour l'étudier, me confie-t-il. J'ai fini par comprendre et accepter la façon dont je m'étais qualifié. C'est un grand honneur. »

Cette reconnaissance renforce son engagement envers John Deere. Il est, après tout, le genre de talent que recherchent de nombreux employeurs.

« Pourquoi est-ce que je reste chez John Deere? Par habitude, répond-il d'un ton pince-sans-rire. Tout se passe bien. J'ai de bonnes relations et du soutien ici. De plus, si j'allais ailleurs, je devrais travailler contre mon propre portefeuille de brevets, » ajoute-t-il après une pause.

À savoir comment il s'y prendrait, c'est peut-être une bonne question même pour lui.