Lewis a appris très jeune le pouvoir de l’écoute

Les enfants Mack sur un sofa. À partir de la gauche : Tom, Carol, Lori et Connie.

Pâques à la ferme signifie que c'est le moment d'une photo de famille. Les enfants Mack sur un sofa. À partir de la gauche : Tom, Carol, Lori et Connie.

Francis et Donna Mack étaient comme la plupart des couples de fermiers des années soixante élevant une famille dans le Midwest rural. Avec quatre enfants, les leçons sur la solidarité, le travail acharné et la responsabilité étaient des pierres angulaires de la vie quotidienne. Entre le maïs, le soja et le bétail, il y avait beaucoup à faire sur leur modeste ferme de Reynolds, dans l’Illinois.

La solidarité signifiait que les enfants travaillaient souvent ensemble sur la même tâche. Parfois, il s’agissait de désherber un champ de soja pour cinq sous par rang.

Le travail acharné signifiait que lorsque le champ de soja était fait, c'était le bétail qui attendait.

La responsabilité allait de pair avec la vie sur la ferme et c'est le troisième enfant de la famille Mack, Carol, qui s'occupait de toutes ces autres choses.

« J’ai rapidement appris que la responsabilité, c'est donnant-donnant », raconte-t-elle.

Bien sûr, les enfants Mack étaient des enfants comme les autres. Il y avait les nombreuses parties de cache-cache autour des cabanons et des granges. Ils faisaient du vélo et sillonnaient les routes de gravier poussiéreuses qui bordaient leurs champs. Et, à l’occasion, lorsque les bêtises prenaient le dessus sur la sagesse, le poulailler convertissaient les profits en projectiles idéaux à projeter sur un frère ou une sœur.

« Bien sûr, mes parents n’appréciaient pas particulièrement les batailles d'oeufs », avoue-t-elle. « Leur façon de nous aider à comprendre l’agriculture passait par l’enseignement et l’écoute. Nous avons rapidement compris que nous payions les œufs lancés avec notre argent de poche et les gâteries du samedi soir. »

Bien qu’elle ait compris la leçon, c’est l’approche de ses parents que Carol Lewis, directeur mondial du programme de rémunération globale de John Deere, utilise aujourd'hui.

« Mes parents étaient humbles, généreux, aimables, mais surtout, ils étaient à l'écoute. L'écoute apporte tellement de choses », affirme Lewis.

L'écoute. Il s’agit d’un mot que Lewis utilise fréquemment lorsqu'elle décrit son expertise en tant qu’architecte et conservatrice du programme d'avantages sociaux des employés de John Deere.

Ce qu'il y a d'unique avec l’écoute, c’est de mettre les autres en premier. Et il n'y a pas beaucoup de gens plus généreux de leur personne que Lewis. Cependant, elle serait la première à admettre qu’elle a eu de l’aide. De l'aide de ses parents et de ses collègues. Et même de la personne qui lui a dit qu’elle perdait son emploi.

Francis Mack devant du maïs à la ferme familiale

Francis Mack montre à quel point le maïs est grand à la ferme familial de Reynolds, dans l'Illinois.

Un public de plusieurs milliers

Dans une entreprise de 74 000 employés, tout le monde ne connaît pas forcément Mme Lewis par son prénom, mais ils connaissent certainement son œuvre. Elle en a probablement fait plus pour améliorer la vie quotidienne des travailleurs de John Deere que pratiquement n’importe quel autre contributeur de l’entreprise.

Elle représente le lien direct avec votre régime d’assurance maladie, votre congé de maternité, votre abonnement au gym et votre planification de retraite. Elle représente pas uniquement les travailleurs syndiqués ou les employés salariés. Il n’est pas rare que Mme Lewis parle à un législateur du Congrès, un retraité de John Deere, un membre du conseil d’administration ou à un haut dirigeant au cours de la même journée.

« Il faut entendre toutes les parties pour être en mesure de faire ce que nous faisons. La rétroaction est quelque chose de très puissant et les gens se sentent plus appréciés lorsqu’ils savent qu’on les écoute », explique Mme Lewis.

L'écoute exige un certain sacrifice, ajoute-t-elle. « Nous ne sommes peut-être pas toujours d’accord, mais nous pouvons certainement toujours nous efforcer de comprendre. » « Même si c’est difficile, tout le monde mérite ce respect. Je leur dois mon temps et mon attention pour reconnaître que ce qu’ils ressentent est réel et que ça compte. Ce n'est pas parce que le problème n'est pas résolu qu'il n'est pas important. »

C’est cette méthode qui a abouti au programme d'orientation positive de 2007, un projet que Lewis considère comme l’une des plus grandes réalisations de son équipe.

« Tout d’abord, on n'accomplit rien par soi-même », explique Lewis, en prenant soin de reconnaître le mérite de son équipe. « Ce que nous avons créé est bien plus qu’un régime d'assurance-maladie. C'est un mode de vie qui soutient nos employés. Le programme d'orientation positive existe depuis 13 ans et c'est un franc succès. Cela me dit que ce que nos employés nous ont dit a bien été mis en œuvre. »

Donna Mack sur sa tondeuse autoportée de John Deere

Donna Mack assure le bon entretien de la ferme avec la tondeuse autoportée John Deere de la famille.

Ne pas écouter, puis apprendre

Lewis serait la première à vous dire qu’elle n’est pas parfaite et elle a l'anecdote pour prouver son point.

Ironiquement, il est question d'un manque d'écoute.

Sa mère était une enseignante forte de plusieurs diplômes. Lewis dit avoir développé son amour de l’école grâce à sa mère. Dans sa lettre de nomination du prix Fellows, elle a été décrite en deux mots : « tenace » et « cœur ». À l’école, sa soif d’apprentissage et sa compétitivité pour de bonnes notes sont ce qui l’ont poussée à se dépasser.

Lorsqu’on lui demande quel type d’étudiante elle était, les mots lui viennent d'eux-mêmes. « J’aime l’école », dit-elle d'un trait. « J’aime apprendre. J’aime le milieu scolaire; je trouve ça vivifiant. »

Ce n’est pas surprenant qu’elle a reçu une mention honorable au secondaire et qu'une bourse d’études lui a été décerné à la St. Ambrose University. Ce qui est surprenant, c’est qu’elle n’y est pas allé. Elle a plutôt décidé de travailler.

« J’avais 17 ans et je pensais avoir tout compris », admet-elle.

Elle a travaillé au Rock Island Arsenal à temps partiel et tout en allant à l’école à temps partiel, puis a commencé à travailler chez John Deere en janvier 1980. C’était à l’aube de la crise agricole.

Lewis travaillait le deuxième quart au service de paie. En raison de son travail, son diplôme de quatre ans en comptabilité s'est étalé sur huit ans. En 1986, le poids de l’économie a finalement atteint John Deere et l’entreprise a presque fait faillite.

Après un remaniement du personnel, Lewis se retrouvait sans emploi.

Lewis tapote son bureau du bout des doigts. L'effet des événements qui se sont déroulés il y a plus de 30 ans est encore frais dans sa mémoire.

« Ce n’était pas très surprenant, vu ce qu'il se passait dans l’économie agricole », explique-t-elle. « Aujourd'hui, je dis toujours qu'il faut sans cesse continuer à mettre des choses dans sa valise et s'assurer d'être toujours prêt à bouger. »

Son superviseur était venu la chercher pour l'emmener dans une salle de conférence et lui annoncer la mauvaise nouvelle. « Ce n’est pas toi, Carol, c’est l’économie », lui a-t-il dit. Il a complimenté ses aptitudes de travailleuse, réitérant qu’elle était victime des circonstances.

« Il a dit : "Tu sais, je suis vraiment désolé, Carol. Ça n’a rien à voir avec toi. C'est purement une question de chiffres." »

Lewis se souviendra toujours de la façon dont elle a été traitée dans ce moment de vulnérabilité.

« L’angoisse que je ressentais à ce moment-là a été complètement effacé par la façon dont Roger Peterson – je me souviens encore de son nom – est venue me voir et me parler. C’est la façon dont il m’a fait me sentir », souligne-t-elle. « Lorsque notre main d'œuvre productive est licenciée, c'est important pour moi. Ce sont eux et leur famille qui sont affectés. Il ne faut jamais prendre quelque chose comme ça à la légère. »

Carol et John Lewis à la cérémonie de remise de doctorat de ce dernier.

Carol Lewis avec son fils, John, lors de sa cérémonie de remise de doctorat en mai 2019.

Une famille bien à elle

Les parents de Mme Lewis sont tous deux décédés au cours des trois dernières années, laissant un vide autour de leur fille qui a tant appris d'eux. Ce qu'elle a appris de ses parents, elle l'applique en élevant son propre fils, John.

Lorsqu'elle parle de lui, son sourire s'agrandit.

« 32 ans de pur bonheur », affirme-t-elle.

John s’est également avéré être une motivation pour sa mère. Il a récemment obtenu son doctorat en physiologie du sport et travaille actuellement pour l’équipe de baseball des Royals de Kansas City. Sa mère confie qu'elle a elle aussi été acceptée et qu'elle poursuivra ses études pour obtenir son doctorat.

« Après que John ait obtenu son doctorat, je me suis dit : "Pourquoi pas?" Mais c’est plus qu'une question de diplôme », remarque-t-elle. « Si je peux aider l'entreprise en tirant profit de mes talents et en apprenant auprès des meilleurs penseurs académiques, c’est une victoire pour tout le monde. »

C’est cette attitude ainsi que ses réalisations et ses connexions personnelles qui ont permis à Mme Lewis de se distinguer dans un domaine où l'on ne s'attend généralement qu'au meilleur. Son cœur lui a permis de se hisser au sommet de la profession et sa ténacité lui a permis d'y rester. Mais elle évite les éloges et la reconnaissance.

« Cette vie ne devrait pas être une question de mérite. Il s’agit d’être le meilleur de soi-même tous les jours et d’aider les autres à faire de même », affirme-t-elle.

Comment concilie-t-elle de remporter le prix Fellows avec cette philosophie? Assez facilement.

« Mon identité n’est pas dans ce prix. C’est dans la façon dont j’influence les gens tous les jours que je fais une différence. »

Cette influence, son influence, est utilisée à titre de rappel dans son bureau.

Derrière son bureau, les photos de ses parents et de son fils sont placés sur une étagère. Elle se retourne pour regarder derrière elle les personnes qui lui ont appris tant de choses.

Une chaise est placée en face de son bureau. C'est une sorte de symbole. Cette chaise pourrait très bien se trouver dans une usine, dans un vestibule ou dans une salle de réunion.

Il s’agit d’un endroit où quelqu’un, n’importe qui, pourrait s’asseoir et parler à Carol Lewis et se faire entendre.