Agricole, Éducation 1ᵉʳ septembre 2026
Nous sommes toujours là
Les producteurs de tabac de l'Ontario prospèrent à nouveau.
Histoire et photos par Lorne McClinton
Dans le bâtiment aux allures de grange où DeCarolis Farming Corporation abrite sa salle d'écôtage, l'air sent le paquet de cigarettes fraîchement ouvert. Les travailleurs trient les feuilles de tabac fraîchement séchées et réhumidifiées, retirant feuilles brûlées ou vertes et toute matière indésirable avant de les comprimer en balles de 318 kg et de les expédier aux acheteurs sous contrat.
Une autre récolte de tabac est en cours au Canada. À leur ferme de quatrième génération de Simcoe, en Ontario, Anthony et Milano DeCarolis commencent généralement la récolte au début d'août, pour environ six semaines. Le procédé est aujourd'hui très mécanisé. Le dur travail manuel rendu célèbre au Canada par la chanson « Tillsonburg » de Stompin' Tom Connors appartient au passé.
Les feuilles sont maintenant cueillies mécaniquement, du bas vers le haut du plant, en plusieurs passages. Elles sont ensuite chargées dans d'étroites remorques appelées boats, puis transportées du champ vers une machine appelée even loader, qui les dépose dans de grands bacs métalliques. Les bacs vont au séchoir à tabac, où les feuilles sèchent lentement pendant environ 10 jours, jusqu'à devenir brun doré. Une fois séchées, elles sont réhumidifiées à la vapeur pendant la nuit pour pouvoir être manipulées sans s'effriter. Puis direction la salle d'écôtage.
Les producteurs de tabac de l'Ontario seraient de sérieux candidats pour un prix du retour en force. Il y a 20 ans, le secteur était au bord du gouffre. Les campagnes antitabac avaient porté leurs fruits, et les changements réglementaires avaient fait s'effondrer la demande. Plus de 41 % des adultes canadiens fumaient en 1980; ils n'étaient plus que 12 % en 2024.
« L'Ontario produisait plus de 91 millions de kilos à la fin des années 1970; il en produit aujourd'hui 20,4 millions », selon Anthony DeCarolis, aussi président de l'Ontario Flue-Cured Tobacco Growers Marketing Board. « Le nombre de producteurs est passé de plus de 2 000 détenteurs de quotas en 2008, à seulement 138 aujourd'hui. »
Au-dessus. Les producteurs ontariens Anthony et Milano DeCarolis font partie des 138 survivants de la gestion de l'offre : ils étaient plus de 2 000 en 2008. Les fermes restantes sont plus grandes, efficaces et rentables que jamais.
Prospères aujourd'hui. Malgré le quasi-effondrement du secteur à l'époque, les producteurs de tabac ontariens qui restent prospèrent aujourd'hui. Ils sont plus gros, plus efficaces et plus rentables que jamais.
« Je serais tenté de dire que ceux qui sont encore là ont survécu par entêtement », dit DeCarolis. « Ils ne voulaient tout simplement pas lâcher. Ils étaient aussi assez gros et efficaces pour survivre avec des marges plus minces. » En traversant la ceinture du tabac, on voit à quel point cette culture a déjà été rentable. Chaque cour de ferme témoigne de la prospérité qu'elle a générée. DeCarolis rappelle qu'à l'époque de son grand-père et de son arrière-grand-père, 15 acres de tabac suffisaient pour gagner sa vie. Une ferme pouvait se payer en quatre ans à peine.
« Mais la terre ne coûtait pas 21 000 $ l'acre à l'époque », dit-il. « Aujourd'hui, la terre, l'équipement spécialisé et les infrastructures coûtent si cher qu'il faut une masse critique. Ceux qui s'en tiraient avec 40 acres de tabac sont partis. Aujourd'hui, 100 acres suffiraient à peine à payer l'hypothèque. » Il n'y a presque pas de nouveaux producteurs; la plupart exploitent des fermes familiales établies. DeCarolis plaisante : si vous avez l'argent pour vous lancer, vous devriez probablement prendre votre retraite.
Des années de campagnes antitabac ont stigmatisé le tabac. Les producteurs sont parfois traités comme les parias de l'agriculture canadienne.
« Mais bon, nous sommes toujours là », dit DeCarolis. « La majeure partie de notre production est exportée aujourd'hui, surtout vers la Chine. Après des années de stagnation, le tabac est redevenu très lucratif. Ce n'est plus comme avant, mais acre pour acre, il demeure l'une des cultures les plus rentables du sud de l'Ontario. » ‡
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